À LA CONQUÊTE DE L'ESPACE |
Il est clair que la vie ne pourrait s’illustrer par une droite, une demi-droite ne serait pas encore juste, un aggloméra de lignes en donnerait un premier aperçu. La vie est trop fragmentaire pour suivre un axe. Schématiser la vie, la poser sur un plan, la mettre à plat, relèverait de l’ignorance. Il me semble, et c’est bien la seule chose que je puisse affirmer, que la vie ne répond à rien de scientifique. Si on m’obligeait à illustrer la vie, à donner une image unique de cette notion, je crierais à la torture. Et si finalement, après persuasion de mon esprit en construction, après recomposition de mes croyances, je me prêtais à cet exercice pêché, je pense que je dessinerais ceci : Une citadelle sans porte, un puits sans fin aux murs lisses, polis par le temps et l’érosion des lamentations. Et par vice, je placerais une fenêtre à son apogée ou plutôt une meurtrière, unique trait de lumière dans ce gouffre sans sol qu’est la vie. Et de cette fente à peine visible d’en bas, de cette fissure sur le vide, trop loin et trop petite, inaccessible à l’Homme, sortirais un son strident, comme un cri éternel. Une sorte d’alarme réfractaire à tout, un bourdonnement aiguë glissant sur les murs lisses de ce bagne de vie. Exempt de toutes porosités, les parois pousseraient le son jusqu’à l’extrême, le répercutant en écho dans l’oreille de l’Homme abattu, la tête repliée sur lui-même, avachi sur le rien qui l’entoure. Et bien sûr, aussi idiot que serait cette épreuve de force de mettre un visage sur une si grande notion, ma tour serait bâtie d’allumettes, objet aussi commun que crétin, une vulgaire tige de bois capable d’enflammer un bout en un rien de temps, un tout… une vie ! |
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